Grandma fait le pois

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© Young-Mo Cheo

Tête d’affiche extravagante de l’année France-Corée, la charismatique Eun-Me Ahn présente Dancing Grandmothers. Un spectacle délirant avec pois pop, délires kitsch, fous rires collectifs et inventivité foudroyante.

© Young-Mo Cheo

Au “Pays des matins calmes”, du Gangnam style de Psy et d’une k-pop qui nous ferait presque (mais presque seulement !) regretter les boys-band des nineties, Eun-Me Ahn est connue comme « la danseuse au crâne chauve », coupe qu’elle arbore depuis une performance remarquée en 1992. Dancing Grandmothers est un ovni chorégraphique oscillant entre rondes survitaminées sur des bits electro, transe collective façon Walking Dead sous protoxyde d’azote et soirée psychédélico-rétro pour clubbers du troisième âge ! Pour bâtir ce spectacle, la chorégraphe a rencontré des dizaines de ses compatriotes, âgées de 60 à 90 ans, leur demandant de danser devant une petite caméra sur des tubes de leur jeunesse. Ce recueil de gestes, postures et démarches fort reconnaissables – petits pas, bustes droits, balancements des épaules et ondulations élégantes des bras – utilisé comme matériau de base par les jeunes danseurs sert de transition aux deux parties de la pièce. Entre rire et émotion, nous découvrons ainsi, projeté en fond de scène, les vidéos de ces grands-mères sautillantes de toutes catégories sociales (vendeuse de rue, coiffeuse, fermière…), immortalisées dans leur vie de tous les jours avec leurs déambulateurs, visières faciales opacifiantes, fichus et autres. Les corps vieillis gardent les traces du temps mais aussi une étonnante vitalité, pleine de joie qui rayonne sur l’ensemble de Dancing Grandmothers.

© Young-Mo CheoEun-Me Ahn rend hommage à son pays, ses traditions et son folklore avec bienveillance. Ses interprètes dont elle va jusqu’à choisir la couleur des culottes portent fièrement des robes à motifs vieillottes et des chaussettes flashy bicolores. Une énergie se cristallise dans leurs rondes foisonnantes à l’apparence anarchique où se mêlent gigues de vieilles dames prises dans des poursuites de lumière formant des ronds de couleur pop à la Yayoi Kusama et fulgurances contemporaines des danseurs professionnels, nourries par les mouvements, allures et démarches de leurs aînées. Prises dans un grand huit, nos émotions passent du sourire complice à l’émotion pure de voir un couple de septuagénaires un peu gauche danser un slow ou ces anciens se déchaîner comme dans leurs vertes années dans une crise de fou rire et de spasmes collectifs au son d’une chanson du Tom Waits coréen, inconnu sous nos latitudes mais adulé sous les leurs. La danse se vit ici comme un pont entre générations, une sève commune qui jamais ne se tarira…

À la MALS (Sochaux), samedi 26 mars – www.mascenenationale.com

La Kaserne (Bâle), dans le cadre du festival STEPS (7 avril au 1er mai), jeudi 14 avril
www.kaserne-basel.chwww.steps.ch

Thomas Flagel
Thomas Flagel
Journaliste
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