Chœur à corps

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© Raoul Gilibert

À grand renfort de fragments de paroles patiemment collectées, Eve Ledig nourrit sa prochaine création autour des Fratries (dès 7 ans). Éclats d’héritages collectifs et faisceaux de trajectoires personnelles prennent corps dans un puissant chœur de quatre femmes.

« Dans la société clanique familiale, il en existe une plus secrète : celle des enfants, des frères et sœurs, qui a ses propres règles », assure Eve Ledig. Fascinée par ce que révèle la fratrie, « une force, un code avec ses lois, ses interdits et ses permissions dont les parents restent interdits et dont ils sont loin de tout savoir », la directrice artistique du Fil rouge théâtre s’empare de paroles recueillies auprès de personnes de 3 à 95 ans pour construire un spectacle rappelant à quel point « tout se joue avant 5 ans. Tout ce que nous vivrons plus âgé a déjà eu lieu dans la petite enfance, période ambivalente : solidarité, envie de meurtre, violence, jalousie, peine, bonheur, plénitude… » La metteuse en scène confie cette matière première à quatre femmes, un chœur en mouvement dont elle agite intensités et émotions, canons et ruptures. Chacune joue enfants, adultes et vieillards, handicapés et jeunes filles, portant leurs paroles comme on enfile un vêtement que l’on chérit, au plus près de soi. « Le théâtre a cette fonction de montrer l’invisible et de dire l’inaudible », rappelle-t-elle. « Nous cherchons à donner forme, incarner ces paroles par le corps, la musique et le chant. »

© Raoul Gilibert

Dans un espace nu, quatre chaises et un carré blanc où viendra se projeter de la vidéo, se noue la recherche d’un chœur théâtral contemporain : une seule entité organique fonctionnant comme un organisme vivant allant quérir les incarnations de personnages dans un travail de matière, de qualité de présence et d’être au plateau, le tout sur un univers musical composé par Jeff Benigus. Si l’enfance se raconte comme une tentation de se construire sous la domination des géants que sont parents et adultes, Eve Ledig explore la fraternité de son chœur, frères et sœurs étant des « témoins implacables d’une enfance commune, ce que Dolto nommait l’intimité obligée », avec une attention plus particulière pour la “sororité”, fraternité au féminin. Un point de départ à tout un tas de souvenirs lumineux, de paroles intimes dévoilant la complexité des sentiments, des pulsions – la jalousie qu’on éprouve et qui met à l’épreuve, nous mord et nous rend malheureux –, de la construction des êtres et de l’origine de la violence qui nous sont communs à tous.

– Au Point d’eau (Ostwald), du 12 au 14 janvier
– À la Salle Europe (Colmar), mardi 24 janvier
– À la Salle de la Strueth (Kingersheim), vendredi 3 et samedi 4 février dans le cadre du Festival Momix
– Au TJP (Strasbourg), du 7 au 11 février
– À La Passerelle (Rixheim), vendredi 3 mars
– À L’Espace culturel de Vendenheim vendredi 10 mars
– À La Comédie de Reims, du 5 au 7 avril dans le cadre du Festival Méli’môme
– À L’Arche de Bethoncourt, jeudi 18 et vendredi 19 mai
www.lefilrougetheatre.com

Thomas Flagel
Thomas Flagel
Journaliste
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