Bêtes de foire

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Tomi Ungerer, Sans titre (En attendant Godot 10), 2009, Sammlung Würth, Inv. 14353

Pour sa quatorzième édition, art KARLSRUHE s’annonce protéiforme et dense. Coup de projecteur sur quelques moments clefs de la foire internationale d’Art moderne et contemporain. De Tomi Ungerer à Jonathan Meese.

Des chiffres à donner le vertige et une qualité qui positionne la manifestation dans le peloton de tête du bassin rhénan, tout juste derrière Art Basel : 35 000 m2, quatre halls immenses et lumineux, 210 galeries venues de 12 pays présentant la crème de la crème de l’Art moderne et contemporain, 50 000 visiteurs attendus… Le cru 2017 d’art KARLSRUHE promet d’être particulièrement riche avec son lot d’événements à ne pas rater comme Retour de Paris, exposition rassemblant les œuvres des boursiers allemands qui ont pu, depuis trente ans, séjourner dans la Cité internationale des Arts de la capitale française.

For ever Tomi

Pour son 85e anniversaire, Tomi Ungerer sera sous le feu des projecteurs avec une rétrospective mettant en lumière son talent protéiforme à travers la prestigieuse collection de l’entrepreneur allemand Reinhold Würth rassemblant 240 pièces de l’artiste alsacien à qui il est lié par une belle amitié. Le visiteur y appréciera la multiplicité des moyens utilisés par le prolifique créateur qui juge qu’avec les collages « il est possible de taper plus dur ! J’en ai fait au moment de la Guerre du Vietnam ». Il s’y est remis récemment : on avait découvert cette nouvelle facette de son talent dans l’exposition de 2010 intitulée Éclipse de la Kunsthalle Würth de Schwäbisch Hall1, la plus importante de la planète jusqu’à présent (avec 650 œuvres présentées). Dans la série En attendant Godot d’inspiration clairement surréaliste, est par exemple détourné avec finesse le logo de Pathé-Marconi, la fameuse Voix de son Maître : une douzaine de chiens regardent, dubitatifs, un tourne-disque évoquant une poubelle. Impavides et apaisés, ils semblent attendre… la mort. Également présentés, des sculptures – un autre aspect de l’art de Tomi trop mal connu – et autres assemblages d’objets comme des pelles anthropomorphes qui semblent vous regarder, l’œil mouillé. On allait oublier… les dessins représentatifs du « caméléonisme » de l’artiste : manifeste politique en forme de critique acerbe de la société de consommation avec femmes mortifères et angoissantes en robe de soirée, un verre cocktail à la main, huiles post-expressionnistes des années 1960 comme le très bel Homme aux lunettes, sexy dominas ou encore compositions réalisées pour des livres pour enfants au succès mondial tels Otto ou Les Trois brigands. En quelques mètres carrés, le visiteur peut arpenter toute la création de Tomi… ou presque.

Jonathan Meese © Jan Bauer

Meese noir

Autre temps fort, la remise du prix Hans Platschek à Jonathan Meese enfant terrible de la scène allemande dont les œuvres grotesques et inquiétantes partent dans toutes les directions puisqu’il est à la fois peintre, vidéaste, performer et bien plus encore. Le trublion de 46 balais, au look mêlant hard rock tendance Motörhead et gourou de secte post-apocalyptique version Raël, fait feu de tout bois à grand renfort de provocs remplies de croix gammées, de casques à pointe ou de saluts nazis… Ce qui fait désordre, pue le soufre, et l’a sans doute privé d’un Parsifal à Bayreuth en 2016 qu’on lui a retiré parce que sa mise en scène était trop chère selon la version officielle. Lui balançait : « Meese n’a pas échoué face à Wagner, c’est Bayreuth qui a échoué face à Meese. » Actionniste rappelant les meilleurs heures de Schwarzkogler et compagnie, expressionniste ayant digéré des strates de l’Histoire du XXe siècle, continuateur dark de Basquiat, il fusionne dans un grand melting-pot références politiques (avec un tropisme totalitaire, lui qui appelle à la « Dictature de l’Art ») comme ses compatriotes Lüpertz ou Kiefer, culture populaire, ésotérisme alambiqué, syncrétisme mythologique ou encore création langagière (voir les concepts et néologismes qu’il forge en lettres gothiques sur son site Internet2). L’actuelle exposition présentée à Montpellier (Carré Sainte-Anne, 15/02-30/04) reflète toutes ses préoccupations… Son titre Dr. Merlin de Large, Marquis Zed de Baby-Excalibur est déjà tout un programme puisqu’il mêle légende arthurienne, Stanley Kubrick, John Boorman et Marquis de Sade. Meese est décidément un drôle de paroissien.

 

 Au Parc des expositions (Karlsruhe), du 16 au 19 février
www.art-karlsruhe.de 

1 Voir Poly n°134
2 www.jonathanmeese.com

Hervé Lévy
Hervé Lévy
Rédacteur en chef
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