Babel airport

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À l’heure où l’idée européenne est en péril, l’auteure et metteuse en scène Tatjana Pessoa crée whatsafterbabel, manifestant une volonté forte de réunir dans la diversité.

Sur le plateau nu, cinq acteurs interprètent leur propre rôle et flirtent avec les stéréotypes attachés à leurs origines. Puis, à l’image des caméléons, les comédiens se transforment, leur identité évolue mais ne les quitte pas pour autant. La scène devient un aéroport, lieu de passage où cohabitent toutes les langues. Par de simples valises et les sons d’atterrissage et de décollage des avions, cet espace de l’entre-deux nous est raconté. Le comédien européen en quête d’identité, devient un anonyme placé là en observateur. L’Italien qui rêvait d’incarner sur les planches un personnage exubérant est maintenant Adam, homme d’affaire insensible, la Suisse au caractère indécis est Tania, femme mystérieuse qui erre, un appareil photo à la main. L’Autrichien, nostalgique de l’empire de François-Joseph, incarne Loïc, un mec désorienté, qui bouscule Loïsa, linguiste (précédemment la Suédoise qui peinait à se faire comprendre). Un dialogue s’amorce entre eux dans un anglais moyen, « le globish », qui laisse percevoir les limites de ce langage approximatif.

Tatjana Pessoa érige l’aéroport en métaphore de notre société : « Toutes les nationalités se croisent, tout le monde est là, côte à côte, mais personne ne se parle. Avec cet espace, j’organise des non-rencontres entre les personnages. » Elle nous les montre, pour certains les yeux rivés sur leur smartphone, d’autres la tête dans leur dossier. Des conversations s’engagent timidement, illustrant la difficulté d’aborder l’autre, d’accoster l’étranger et de se faire comprendre. Avec Whatsafterbabel, l’auteure et metteuse en scène témoigne d’un multilinguisme dépassé, faisant référence au mythe de Babel, et réinvente l’utopie biblique d’un idiome unique en rêvant plutôt à l’émergence d’une “plurilangue” qu’elle définit comme « le fait d’accepter de baigner non pas dans une seule langue mais dans plusieurs. C’est une manière de vivre dans une société multiple de manière pacifique » précise-t-elle. Polyglotte et issue de la « génération Erasmus », celle qui rêvait plus jeune à un passeport européen, porte à la scène un spectacle « caméléon », figure centrale qui nous permettra de passer du plateau de théâtre à un espace mental mettant en jeu de nouveaux personnages. Mais aussi de glisser d’une langue à une autre, ou d’un langage sonore à la parole d’un auteur omniscient, projetée sur un écran : « J’ai besoin que les connexions se fassent. » Nous voilà dans l’après Babel…

 

Au Théâtre en Bois (Thionville), du 1er au 5 février

www.nest-theatre.fr  

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