Au théâtre de l’étrange

Michaël Borremans The Devil’s Dress, 2011, Dallas Museum of Art, DMA/amfAR Benefit Auction Fund Courtesy Zeno X Gallery Antwerp and David Zwirner New York/London © Ron Amstutz

Une escapade bruxelloise permet de découvrir As sweet as it gets, passionnante rétrospective dédiée à un artiste contemporain majeur, le Belge Michaël Borremans.

« L’œuvre de Michaël Borremans se caractérise par des symétries subtiles entre beauté stupéfiante et abjection dérangeante, humour et désespoir, force et fragilité, vie et mort » explique le commissaire de l’exposition, Jeffrey Grove. Une définition qui va comme un gant au plasticien belge (né en 1963) devenu une star de l’art contemporain sur le tard, lui qui ne commença à peindre qu’à l’âge de 33 ans. Au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, le visiteur découvre les toiles qui l’ont rendu célèbre : elles évoquent irrésistiblement, dans leur étrangeté les œuvres des ses célèbres compatriotes, René Magritte et Paul Delvaux ou du plus méconnu Gaston Bogaert, tous trois peintres de l’énigme. Que ce soit dans les grands formats (comme The Avoider, hommage assumé à Bonjour Monsieur Courbet, chef d’œuvre du maître d’Ornans), dans ses figures souvent lugubres et absentes ou ses natures mortes, Borremans hypnotise le visiteur par une virtuosité qui renvoie à Goya, Manet ou Velázquez. Chaque fois cependant, le regard est frappé par l’absolue étrangeté qui émane de compositions imprégnées de théâtralité : quelle est ainsi le sens à donner à The Devil’s Dress ? Comment comprendre The Load ? Représente-t-il un homme ? Une femme ? Cet être hybride est il mort ou bien encore vivant ? C’est dans cette ambigüité que nous sommes plongés, seuls face à l’insondable mystère de tableaux marqués du double sceau de l’absurde et de la mélancolie, comme si nous nous trouvions face à des fantômes ou des humains réduits à l’état de choses. Le sentiment se renforce à la vue des films (comme The Storm) et des dessins remplis de symboles mystérieux et déroutants. L’exposition s’achève avec la fascinante série The House of Opportunity composée de multiples pièces (dix-sept dessins et deux maquettes), dont le motif central est un curieux bâtiment percé de multiples trous évoquant avec force l’objet mathématique qu’est l’éponge de Menger-Sierpinski, qui, dans chacune de ses mises en scène, fait écho à un tableau ou un dessin de Borremans, mettant en évidence la grande porosité des médiums chez lui. Cette architecture semble une des matrices de l’œuvre multifocale de l’artiste rappelant le cube proliférant de La Fièvre d’Urbicande, épisode clef des Cités Obscures de Schuiten et Peeters. Deux autres Belges…

À Bruxelles, au Palais des Beaux-Arts, jusqu’au 3 août
+32 2 507 82 00 – www.bozar.com

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